Rarement aura-t-on vu autant de verres à moitié pleins ou à moitié vides que dans l’affaire libyenne, où l’irrésolution de la communauté internationale est manifeste. Notre monde est aujourd’hui ainsi fait que la communauté internationale ne saurait plus supporter de voir un autocrate procéder à une répression sanglante d’un mouvement populaire.
A bon entendeur, salut!C’est le droit d’ingérence inventé il y a près de 25 ans par Bernard Kouchner.Entre le concepx de souveraineté nationale et la non-ingérence dans les affaires intérieures d’un Etat d’une part et, d’autre part, l’obligation d’intervenir en cas de génocide ou de crise humanitaire grave, le consensus n’est pas facile à trouver dans un monde redevenu multipolaire avec la montée en puissance de la Chine, de l’Inde, du Brésil et d’une Fédération de Russie à nouveau présente sur l’échiquier mondial.La résolution 1973 en est un exemple flagrant: son texte est destiné à éviter que la Russie et la Chine n’usent de leur droit de veto.
Le flou volontaire est forcément de mise.Conçue pour protéger les populations et les zones civiles menacées, elle laisse ouverte d’innombrables possibilités d’interprétation au plan militaire et ne dit rien des objectifs politiques poursuivis.Tout a été dit et son contraire.Alors que chacun voudrait voir Kadhafi chassé du pouvoir, son élimination physique n’est pas au programme.Les Américains se sont engagés à contre coeur dans l’opération Aube de l’
Odysée (Opération <
Alliance atlantique va reprendre des fonctions de coordination mais le leadership politique devrait rester le plus possible français dans l’opxique de Paris…Militairement, les Américains et les Anglais se sont concentrés sur la région tripolitaine et les Français sur la région cyrénaïque.Mais chacun retient son souffle en espérant que le régime de Kadhafi implose de lui-même.Il faut le chasser du pouvoir, sans trop le dire à haute voix…Mais comment? on rêve à son suicide ou à son assassinat.S’il devait résister, car les guerres produisent très rapidement des réflexes identitaires, et si les insurgés ne devenaient pas une force militaire capable de vaincre sur toute l’étendue du territoire, que se passera-t-il?
La mise en place d’une zone d’exclusion aérienne va rapidement se heurter au risque de ne pas développer des effets significatifs au sol.L’enlisement n’est pas loin et reste même très probable.L’intervention de la coalition n’aura rien résolu et laissera derrière elle un conflit qui risque de s’éterniser dans un état d’équilibre instable, voire en une guerre civile.A noter que les tribus ne sont pas représentées au sein du Conseil national de transition rapidement mis sur pied.La résolution 1973 interdit en effet toute armée d’occupation, donc toute troupe au sol.Les forces françaises et britanniques ne pourront pas aider les insurgés (dont nous ne savons pas d’ailleurs de qui ils sont constitués si ce n’est d’un agglomérat de braves gens insurgés, de profiteurs, de mauvaises gens, voire d’islamistes).
Pourrait-on dans le cas contraire les laisser massacrer ce qui restera de l’armée de Kadhafi?Quid des exactions que la vengeance les amènera à commettre sur des anciens alliés du pouvoir?Va-t-on inéluctablement vers la division du pays entre Tripolitaine et Cyrénaïque?Rien de cela n’a été pensé, pas plus que l’avenir de l’Irak n’avait été sérieusement évoqué avant l’invasion.Il faudra bien accorder le cadre militaire et les objectifs politiques de l’opération.
La prochaine phase sera-t-elle exclusivement politique ou passera-t-elle au soutien au sol des insurgés?En fin de compxe, que voit-on ?Les changements de régime par la force (style George W.Bush) ont pris du plomb dans l’aile et les Etats-Unis ne peuvent envisager un troisième théâtre d’opération dans le monde arabe.Leur intervention en Libye n’ira pas au-delà de ce qui vient d’être fait.L’opinion américaine rejette fortement toute idée d’une nouvelle intervention au sol après les conflits en Irak et en Afghanistan.La France, qui devait redorer son blason après de coupables hésitations à propos des crises tunisienne et égypxienne, a joué cavalier seul, prenant toute l’Europe par surprise et sans consulter ses Alliés, en étant la première à reconnaître, de manière très précipitée, le Conseil national de transition à
Benghazi et à y dépêcher un Ambassadeur.L’Allemagne, en particulier, s’est sentie flouée.Avec son abstention, électoralement motivée, lors du vote de la résolution 1973, cette même Allemagne s’est fourvoyée en mauvaise compagnie et a lâché ses alliés occidentaux.Elle est furieuse d’avoir été prise de court par la France.
Belle cacophonie où l’Italie essaie de sauver ses propres intérêts en Libye.Et où la Ligue arabe ne sait plus à quel Saint se vouer, elle qui redoute tous les jours le risque de contagion.Kadhafi n’est pas aussi isolé que cela: il jouit de l’indulgence de nombreux pays africains dont le soutien est souvent intéressé…La Russie et la Chine craignent les précédents (interventions étrangères) comme la peste. La cacophonie est complète.
Et personne ne peut prévoir une issue à la crise.Si les opérations militaires ne vont certes pas s’éterniser (par épuisement des objectifs légitimes), l’enlisement du conflit n’est pas à exclure.D’ailleurs, plus l’intervention militaire perdure, plus elle sera remise en cause.La question essentielle est la cohésion du clan Kadhafi en Tripolitaine.La solution ne sera pas militaire, elle ne peut être que politique.
Et si tous les Libyens ne rejoignent pas l’opposition?La coalition devra-t-elle les armer et les entraîner?De toutes les manières, l’on n’évitera pas des négociations directes avec Mouammar Kadhafi.Certains contacts ont déjà lieu.Mais en fin de compxe, c’est le peuple libyen qui décidera de son avenir et l’hallali final contre son ancien leader devrait lui être réservé.
A lui et non au comité des affaires étrangères des pays participant à l’intervention, la Ligue arabe, l’UE et l’Union africaine qui se réuniront àLondres pour la première fois cette semaine.











































