Le paradoxe est considérable. En une saison, notre civilisation est mise à mal par un virus microscopique, 10.000 fois plus petit qu’un grain de sel. Alors que les Transhumanistes se prennent à rêver d’immortalité avec les avancées de l’intelligence artificielle lourde, une chauve-souris et un mammifère ont mis la planète à genoux. Quelle leçon d’humilité pour les hommes qui cherchent à atteindre les cieux avec leurs tours de Babel !
Crise sanitaire, récession historique, chômage massif, déficits records, dettes exponentielles, économie mondiale à l’arrêt…Si l’anéantissement de l’économie a pris quelques semaines, le rétablissement prendra des années.
L’OMS évoque une crise sanitaire « comme on n’en voit qu’une par siècle » et dont « les effets se feront sentir pendant des décennies ».
Principales conséquences :
La dette publique comme jamais
La dette publique mondiale s’élève à plus de 100% du PIB de la planète, soit davantage qu’à l’issue de la Deuxième guerre mondiale.
La dette publique s’est envolée. Elle va atteindre 121% du PIB en France. Elle était de 66,5 % du PIB sous le Président Chirac, 99,7 sous Hollande. Cela implique des programmes drastiques d’économies ces prochaines années dont on sait déjà qu’elles n’auront pas lieu. Le déficit de l’État et sa dette vont continuer à s’accroître…
Elle nous accompagnera longtemps tout comme un chômage de masse permanent. Avec pour corolaire la décomposition des États et des nations ainsi que la défiance envers le politique et les institutions et in fine le désengagement des citoyens. L’ absence de leadership et de stratégie encouragent la désintégration des sociétés et l’explosion de la violence.
La pandémie a mis en cendre presque dix ans de croissance. Le deuxième trimestre 2020 a fait perdre aux économies mondiales entre 10 et 15% de PIB.
A titre d’illustration : les quarante plus grosses entreprises françaises (CAC 40) avaient accumulé un résultat net de 43,5 milliards d’euros sur le premier semestre 2019… Elles affichent une perte cumulée de 1,7 milliards d’euros pour le premier semestre 2020…pour la toute première fois de l’histoire de cet indice créé en1987 ! Pendant la crise financière des « subprimes » en 2008, l’indice était resté positif !
Le prix de l’or, valeur refuge par excellence
Le prix de l’or bat tous les records et l’once (31 grammes) dépasse le cap symbolique des 2000 dollars pour la première fois de son histoire, ce qui en fait le placement le plus rémunérateur de 2020. Pour deux raisons essentielles : les taux d’intérêt sont au plus bas et le dollar continue de baisser. Goldman Sachs voit l’or monter jusqu’à 2300 dollars l’once dans un an. C’est une aubaine pour les pays producteurs : Chine, Russie, Australie, États-Unis, Canada, Pérou, Ghana, Afrique du sud.
Le Covid-19 n’aime pas les pauvres
Selon l’ONU, au moins 100 millions de personnes devraient tomber dans la pauvreté extrême à cause du coronavirus (moins de 1,90 dollar par jour) alors que 734 millions y sont déjà, soit environ 10% de la population mondiale. Le Covid-19 n’aime pas les pauvres et frappe en priorité les populations les plus démunies.
L’extrême pauvreté augmente en effet continuellement depuis le début de la pandémie. Cette détérioration est due à la combinaison des destructions d’emploi pendant la pandémie ainsi qu’à des difficultés d’approvisionnement. Par exemple, le Bangladesh et le Cambodge ont reçu des annulations de commandes de textiles et d’habillement de plusieurs milliards de dollars. La Zambie dépend à 70% des minerais et du cuivre aujourd’hui en nette baisse. L’Angola a perdu 80% de la valeur de son or noir. Les ressources naturelles et le pétrole en particulier ont vu leur prix s’effondrer. Les 47 pays les moins avancés de la planète subissent le choc de plein fouet. L’indice global des matières premières appelé Cyclope a baissé de 42% entre janvier et avril 2020. Toujours selon la Banque Mondiale, le revenu par habitant dans 90% des pays va reculer, confirmant ainsi l’ampleur de la crise, la plus sévère de l’après-guerre. Les inégalités vont continuer à se creuser.
En revanche il aime beaucoup les riches et les actions en Bourse comme celles de Tesla dont la valorisation boursière atteint 300 milliards de dollars soit plus que Volkswagen, Daimler, Honda, General Motors, Fiat, Chrysler, PSA et Renault Nissan réunis !!! Les taux d’intérêt à zéro sont d’abord les amis de la finance avant d’être ceux de la croissance. Wall Street est en hausse par rapport au 1er janvier 2020 alors qu’elle avait plongé de 33% en trois mois lors du krach d’octobre 1929 et n’avait retrouvé son niveau d’avant crise que trente ans plus tard en 1959 !!!
Les principaux perdants
1.- Parmi les grands perdants : la Chine
Non seulement pour avoir menti au monde et caché trop longtemps ce qui se passait chez elle en matière de pandémie, mais parce que le Covid-19 a littéralement ensablé les « routes de la soie ».
Manque d’argent, de main d’œuvre, de matériaux : plusieurs grands projets du grand dessein de Xi Jinping sont bloqués. Certains pour une durée indéterminée, d’autres pour toujours. Les projets ne sont en effet plus alimentés en matières premières, les frontières se sont fermées et la main d’œuvre s’est retrouvée bloquée. La maladie a rompu la chaîne de l’offre chinoise et mis en exergue les défis financiers de tout le système.
La pandémie a mis Pékin devant ses responsabilités : elle ne peut plus continuer à financer des travaux pharaoniques souvent à perte dans des pays qui ne pourront jamais rembourser.
Cette initiative des « routes de la soie » impliquait 2600 projets sur cinq continents pour plus de 3700 milliards de dollars. Le nouvel ordre international dominé par la Chine est stoppé net, une partie de ses chantiers n’avaient d’ailleurs aucun sens économique.
Les « routes de la soie » vont se retourner contre Pékin : trop de corruption, d’investissements polluants, et aucun regard sur la qualité du financement opaque. Une catastrophe en termes de soft power.
2.- Le tourisme
Le tourisme a énormément souffert de la pandémie. Le secteur touristique français va perdre près de 40 milliards d’euros cette année. Une partie de la clientèle étrangère a disparu à cause des confinements et des multiples restrictions de voyage.
Au plan mondial, le manque à gagner se chiffre à 320 milliards d’euros entre janvier et mai selon l’Organisation mondiale du Tourisme.

Ce sont 300 millions de visiteurs en moins sur la même période !
De nombreux restaurateurs et hôteliers ne s’en relèveront pas. L’OMT parle de la mise en danger de 100 à 120 millions d’emplois directs, redoutant la chute de 60 à 80% du nombre de touristes internationaux et la perte en conséquence de 910 à 1200 milliards de dollars d’activité.
Les perspectives de redressement semblent de plus en plus lointaines avec les craintes de résurgence du virus. La IATA (Association internationale du transport aérien qui regroupe 290 compagnies aériennes) ne pense pas retrouver son niveau d’avant crise avant 2024. Elle estime le manque à gagner en 2020 à 419 milliards. Soit une baisse de moitié des recettes mondiales de l’aviation commerciale en 2020.
Les géants de l’hôtellerie sont fragilisés par cette crise sans précédent. Marriott, Hilton, InterContinental, Accord et Hyatt affichent des pertes au premier semestre totalisant plusieurs milliards de dollars…
Le parc national du Serengeti en Tanzanie a vu sa fréquentation passer de 6000 visiteurs par jour à 24 !
3.- Les jeunes
Les jeunes qui ont été très peu touchés par le coronavirus au plan de la santé sont en première ligne pour en subir les conséquences. Toute leur vie professionnelle risque d’en être affectée. La menace est particulièrement présente sur le front de l’emploi. Beaucoup vont arriver sur le marché du travail et trouveront porte close. Pour prendre l’exemple de la France, près de 700.000 jeunes seront à la recherche d’un premier emploi en septembre. Ou alors ils seront les premiers licenciés.

Le monde d’après s’annonce encore plus difficile d’accès, plus précaire et mal payé.
Cette génération Covid-19 va également apercevoir au loin la montagne de dettes qu’elle aura à rembourser un jour. Les dettes colossales contractées pendant la pandémie ne vont pas disparaître comme par enchantement (emprunts et dettes publiques colossaux). En fait, la dette du gouvernement français correspond à un « endettement » de chaque citoyen français de plus de 40.000 euros.
4.- Artisans, commerçants, professions libérales …et chômage
L’ampleur des répercussions de la crise sanitaire sur l’économie se fera particulièrement sentir auprès des artisans, des commerçants et des professions libérales (autour des -30% d’activités au deuxième trimestre en France). C’est pire dans le secteur hôtel, café, restaurant avec des baisses de 88% en mai et juin. Les problèmes de trésorerie sont partout gigantesques dans le monde.
Cette situation a d’immenses incidences sur l’emploi. Il y aura en effet très peu de recrutement sur le deuxième semestre de l’année dans le monde. A titre d’exemple le coronavirus a fait perdre 600.000 emplois à la France depuis le début de l’année. En conséquence le chômage va atteindre des pourcentages inédits et très élevés. Les faillites vont se multiplier.
Tous pays confondus, les défaillances d’entreprises feront un bond de 35% et la vague va déferler au 4e trimestre 2020.
Le deuxième trimestre 2020 a vu doubler le nombre de faillites dans le monde des sociétés affichant un chiffre d’affaires de plus de 50 millions (dans les secteurs du textile et de l’habillement, la distribution et les services, l’énergie (pétrole) et l’automobile). Un effet domino est à craindre et le pire est à venir. Les plus petits fournisseurs sont dépendants de quelques gros clients. Un seul incident de paiement peut suffire à contraindre une petite ou moyenne entreprise à mettre la clé sous la porte. La situation actuelle est une véritable bombe à retardement. Sur l’ensemble de l’année, l’on s’attend à une hausse des faillites de 35 % dans le monde.
Les principaux gagnants
Parmi les gagnants, l’on retrouve les géants de l’agroalimentaire. En effet, la pandémie rend anxieux et fait bondir les ventes de chips, biscuits et produits de snacking. Unilever, Magnum, Ben & Jerry’s, Dove n’ont jamais aussi bien fait depuis 20 ans. Nestlé, PepsiCo, Kellogg’s, Danone ont tous vu leurs activités grimper. Les consommateurs passent plus de temps à la maison. Par conséquent, les achats en grande surface ont considérablement grimpé.
D’autre part, confortés par la pandémie, les géants de la Tech ne connaissent pas la crise. Les GAFA améliorent leurs résultats alors que les pays confinés n’ont jamais eu autant recours à leurs services. 89 milliards de dollars de chiffre d’affaires pour Amazone entre avril et juin.
Les GAFA atteignent 5800 milliards de dollars de capitalisation boursière. Celle d’Amazone correspond à la capitalisation des 40 premières entreprises françaises !!! C’en est presque indécent !!!
Conclusion
Il est sage de considérer que nous sommes entrés dans une phase totalement illisible de douze à dix-huit mois. La crise sanitaire est là pour longtemps et les incertitudes restent multiples dans le monde à commencer par les États-Unis avec l’élection présidentielle.
Il faudra du temps, soit plusieurs années pour passer cette période et redémarrer une économie qui ne sera plus la même. On était déjà dans une ère de changement (informatisation, intelligence artificielle, travail à domicile, etc.), maintenant on est au pied du mur et il va falloir relever des défis extrêmement ardus. Mais le redressement économique sera encore plus difficile avec des finances en mauvaise santé.
Contrairement à ce qu’espère la Présidente de la Commission européenne, le monde d’après sera le monde d’avant en pire : comme lors des précédentes crises, les plus privilégiés auront survécu tandis que les plus vulnérables auront payé un lourd tribu. Cette fois-ci, les riches se sont considérablement enrichis, surtout les patrons des GAFA et les pauvres seront durablement affecté par la crise.
Mais la leçon du coronavirus n’est pas que la globalisation a échoué : la leçon est que la globaisation est fragile, malgré ou à cause de ces énormes bénéfices. La mondialisation est là pour continuer. Certes l’épidémie a révélé la cruelle dépendance dans laquelle la mondialisation nous a plongé.
La relocalisation est devenue un mot à la mode, mais on ne sait pas très bien quelles fabrications on va rapatrier ni comment…le Covid-19 ne va pas faire le procès du capitalisme ni du libéralisme. Le manager reste soumis à l’actionnaire qui l’enrichit. Cette caste se comporte en pouvoir institué, dominateur, un État dans l’État, extraterritorial et supranational.
L’action des banques centrales et le fameux QE (quantitative Easing) est un moyen d’assurer la prospérité des marchés financiers parallèlement à celle des marchés économiques. Tout est fait pour que le système actuel se pérennise, que les banques vivent bien et que le libre-échange mondial assure l’exploitation des pauvres et l’enrichissement des riches. Financiarisation et libre-échange sont consubstantiellement liés.
Le monde a sans doute commis trois erreurs. Le déni premièrement : le monde s’est laissé berner par cette dictature opaque qu’est la Chine qui a mis près de deux mois avant d’avouer la réalité de la pandémie.
La sidération ensuite : les gouvernements ont mis trop de temps avant de réaliser la gravité de la crise. Et enfin, la tendance à remettre systématiquement à plus tard des actions : en fin de compte ils ont choisi de mettre en quasi-arrêt l’économie mondiale et confiner plus de la moitié de la population mondiale.
Cette cascade d’erreurs aura un prix à payer : c’est ainsi qu’aura été provoquée la pire crise économie et sociale et bientôt politique des trois derniers siècles.

La crise du Covid-19 aidant, tout le monde ne jure que par une vie toujours plus saine, un air toujours plus pur et une Terre toujours plus propre. Qui n’en voudrait pas ?
Ce changement radical pour éviter la « fin du monde » a inoculé un autre dangereux virus à notre époque. Sur les plans agricoles et énergétiques en particulier, le diktat anti-pollution confond vitesse et précipitation. L’écologie interdit et sanctionne sans réfléchir aux conséquences économiques et sociales à brève échéance et ne veut pas prévoir l’après. C’est un piège.
L’équation est délicate : les gouvernements doivent stimuler durablement leur économie sans rendre la dette insoutenable. Ce sont près de 11.000 milliards de dollars qui ont déjà été attribués par les pouvoirs publics aux ménages et aux entreprises affectés par la paralysie économique liée au virus Covid-19. Les taux d’intérêt sont historiquement bas mais pourraient remonter un jour… L’endettement perpétuel ne peut pas se nourrir sans discontinuer de nouveaux emprunts…avec des taux d’intérêts durablement nuls. Qui peut croire à cette fable ?













































