Comme l’on sait, Donald Trump a promis, une fois réélu, d’obtenir la paix en Ukraine dans les 24 heures. Il n’y arrivera pas en 24 heures, ni en 24 jours, ni en 24 semaines…car les obstacles sont très nombreux tant à Moscou qu’à Kiev et à Washington. L’on peut légitimement craindre la réédition d’un fiasco comme avec Kim Jong-un…dont les soldats se battent aujourd’hui avec l’armée russe contre l’Ukraine.
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La réalité est infiniment complexe.
La Russie a clairement signifié ce qu’étaient les buts de l’opération militaire spéciale : affaiblir l’Ukraine militairement (« démilitarisation »), liquider les bataillons d’extrême droite du type Azov (« dénazification »), protéger les Russes du Donbass, puis après l’échec des négociations de paix de février/mars 2022 et celles d’Istanbul au printemps de la même année (torpillées par la Grande-Bretagne, la France, l’Allemagne et la Pologne ) intégrer 4 oblasts à la Fédération de Russie (Louhansk, Donetsk, Zaporijjia et Kherson), conserver la Crimée et également interdire à l’Ukraine une entrée dans l’OTAN en lui imposant un statut de neutralité
L’Ukraine, qui s’est interdite par décret toute négociation avec Vladimir Poutine, ne parle que de victoires et de restitution de tous les territoires perdus, principales caractéristiques de son dernier plan de paix. Pourtant, les raisons d’espérer une victoire se sont évanouies par manque d’hommes et une pénurie d’armes et de munitions. Le gouvernement doit massivement augmenter les impôts pour financer l’effort de guerre alors que le front de l’Est s’écroule. Trump avait dit de Zelenski qu’il était un « formidable marchand de tapis » et le « meilleur commercial de la planète ». Ce dernier va devoir cependant avaler d’énormes couleuvres.
L’objectif de Trump est d’obtenir la paix et l’arrêt des massacres. Contrairement à Biden, il ne parle pas d’infliger une défaite stratégique à la Russie…C’est déjà un progrès.
Il veut léguer aux Européens le dossier ukrainien qui ne fera pas partie de ses priorités une fois un cessez-le-feu établi. Mais la paix devra se faire nécessairement au détriment de l’Ukraine ce qu’elle n’acceptera pas. Et la Russie ne voudra pas non plus se faire voler ses succès militaires. Ses forces avancent sur le terrain dans le Donbass et continuent de passer l’armée ukrainienne à la moulinette (meat grinder). La Russie a détruit deux armées ukrainiennes entre 2022 et la fin de l’année suivante annihilant plus d’un demi-million de soldats ukrainiens. Elle fait actuellement face à la troisième armée mise sur pied par Zelenski, la moins aguerrie et la moins bien armée. Poutine voudra sa victoire et Trump ne peut pas accepter une solution qui donne tout aux Russes avec pour les USA une image de défaite des intérêts américains. Après l’Irak, l’Afghanistan, la Libye et la Syrie, cela fait beaucoup pour le pouvoir hégémonique américain.
Quelles pourraient bien être les propositions de paix de Donald Trump 2025 ?
Elles ont commencé à transparaître peu à peu à travers diverses déclarations de représentants du camp Trump et des hypothèses ou informations relayées par les médias américains dont le « Wall Street journal ».
1. L’on parle donc d’un cessez-le-feu sur la ligne actuelle du front qui gèlerait le conflit.
Tout règlement de ce type donnera immanquablement l’image d’une victoire pour Moscou, ce à quoi Zelenski ne peut consentir.
Ce sera dur de contraindre l’Ukraine à faire des concessions significatives alors que l’Occident l’a poussée jusqu’ici à se battre jusqu’au dernier Ukrainien et promis son soutien pour aussi longtemps que nécessaire.
Cela peut aussi ne pas convenir à la Russie qui n’a pas encore le contrôle complet du territoire des quatre oblasts devenus membres de la Fédération de Russie.
Le bureau de transition de Trump pense, a-t ’on entendu dire, que Kiev devrait apromettre de ne pas adhérer à l’OTAN pendant au moins 20 ans…pendant lesquels les Etats-Unis continueraient à approvisionner l’Ukraine en armes et munitions pour dissuader une future attaque russe. C’est idiot : cela consisterait à armer l’Ukraine tout en maintenant un cessez-le-feu.
2. Dans le cadre de ce plan, les deux parties accepteraient une zone démilitarisée de 800 miles de long. Le maintien de l’ordre n’impliquerait ni les USA, ni l’ONU, ni l’OSCE mais le « canon de l’arme serait européen » …Polonais (dont 69% de la population refusent la présence sur sol ukrainien), Français, Allemands et Britanniques. C’est risible : Moscou accepterait des soldats européens, membres de l’OTAN, à ses frontières !
Tout ce que l’on entend de l’équipe Trump n’est en fait que tactique dilatoire évidente. La Russie veut un accord qui mette fin définitivement à la guerre. Or personne ne parle à ce stade d’un véritable traité de paix avec garanties internationales (pour ce que cela vaut …), une neutralité indéterminée de l’Ukraine dans le temps, une modification de la constitution ukrainienne qui stipule depuis quelques années sa volonté d’entrer dans l’OTAN, sans parler de la levées des sanctions onusiennes, américaines et européennes, ainsi que la levée du gel des avoirs russes qui compromettrait le remboursement du prêt de 35 milliards d’euros que les USA et l’UE envisagent d’accorder à l’Ukraine exsangue. A cela s’ajoute la négociation des deux accords sécuritaires que Poutine avait soumis à l’attention de l’Amérique à Genève en décembre 2021. Faire plier le Kremlin semble hors de portée de l’administration Trump II. Il n’y a pas de volonté diplomatique occidentale de trouver maintenant les moyens de mettre un terme à ce conflit. Les hommes politiques européens ont la bêtise de se montrer belliqueux sans en avoir les moyens. Il y a de quoi s’interroger sur leurs intentions et leur état d’esprit ou leur propension au suicide économique, industriel et financier.

Le seul moyen hypothétique d’arrêter la guerre est que les Etats-Unis cessent de soutenir l’Ukraine et laissent la patate chaude aux Européens. Mais les faucons qui dirigeront la politique étrangère de Trump et sa politique de défense ne le laisseront pas faire. Ils poursuivront la guerre jusqu’au dernier …Européen…s’il le faut.
Pour Moscou, toute cessation des hostilités le long de la ligne de contact ne serait rien d’autre qu’une pause permettant à l’Ukraine de gagner du temps et de se réarmer pour un nouveau conflit dans quelques années…
Il faut définir la nature du futur régime ukrainien, la taille de son futur potentiel militaire et son statut militaro-politique (non adhésion à l’OTAN et neutralité) : c’est d’une importance capitale pour Moscou et rien ne nous dit que le Trump nouveau y ait pensé. Ni qu’il accepte un dialogue de fond sur ces questions et encore moins qu’il prenne en compte les intérêts fondamentaux de la Russie. Tout cela implique des concessions majeures de la part des USA que la future administration Trump ne sera pas disposée à accorder.
Conclusion
Deux accords de Minsk (2014 et 2015) ont été violés sciemment par l’Occident et ses leaders européens, un traité d’amitié entre la Russie et l’Ukraine a été dénoncé unilatéralement par cette dernière en 2019 et la tentative de paix d’Istanbul a fait l’objet d’un rejet navrant par l’Angleterre, la France et l’Allemagne au printemps 2022.
La seule garantie sur laquelle la Russie peut compter actuellement est une garantie par et pour elle-même. La paix se fera à ses conditions, pas à celles de Trump. Ce qui est demandé est une reddition ukrainienne. Si Kiev ne le comprend pas, la Russie franchira un jour le Dniepr et reprendra Odessa. Lorsque les troupes russes seront à 35 km de Kiev, la capitulation sera inévitable. C’est idiot car au printemps 2022, Poutine était prêt à laisser le Donbass à l’Ukraine avec un statut d’autonomie. Se battre jusqu’au dernier Ukrainien aura été le plus malheureux et coupable des choix effectués par des hommes politiques occidentaux fort médiocrement inspirés.
La paix devra encore attendre. La seule garantie pour la Russie est une supériorité conventionnelle sur l’Ukraine. Toute nouvelle livraison d’armes à l’Ukraine compromet cette supériorité. Mais reconnaître cette supériorité est justement un état de fait que l’Amérique ne veut pas concéder.
La seule question qui se pose est la suivante : que va faire Trump lorsqu’il aura perdu la face ? une désescalade ou une escalade (raidissement guerrier) ? Soit il enrage et franchit d’autres lignes rouges, soit il se retire en disant aux Européens et Ukrainiens : débrouillez-vous (abandon de l’Ukraine).
Les Ukrainiens peuvent craindre que tous leurs sacrifices aient été vains. Les hommes pouvant être recrutés de force fuient dorénavant l’Ukraine ou soudoient leurs agents recruteurs qui s’enrichissent de leur exemption consentie contre argent sonnant et trébuchant.
Combien de temps Zelenski survivra-t-il à une telle situation ? Il doit composer avec l’intransigeance des jusqu’auboutistes ultranationalistes. Il ne connaît pas la disponibilité de Poutine envers un compromis raisonnable, mais il doit bien se douter que sa générosité sera limitée. Or une majorité d’Ukrainiens veut la paix, plus de 30% sont spécifiquement prêts à accepter une cession de territoires contre une paix durable selon l’institut international de sociologie de Kiev.
En résumé : il n’y aura pas de solution sans largement satisfaire les vœux de Moscou en validant la conquête des territoires et en stoppant l’aide militaire étatsunienne et européenne.

















































