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Qu’est-ce qui compte le plus pour les riches? A Davos, l’on a trouvé la réponse

Davos est le lieu choisi par Klaus Schwab, alors jeune professeur à l’Université de Genève, originaire du Bade-Würtemberg, pour organiser en 1971 le premier Forum européen de management. Ils étaient deux cents industriels et professeurs d’économie venus débattre des méthodes américaines de gestion. C’était l’époque du « Défi américain ».

 

La Davos, premierul Canadei şi-a ETALAT ciorapii violet cu răţuşte galbene © Guliver AFP

Le premier ministre Trudeau à Davos

Presque un demi-siècle plus tard, le Forum Economique Mondial accueille près de 3.000 personnes dont les patrons des mille premières entreprises du monde et quelque 70 Chefs d’Etat.

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Au-delà des 1500 représentants des plus grandes entreprises anglo-saxonnes et de quelque 300 Suisses, l’on décompte une centaine d’Indiens, de Chinois,  d’Allemands, de Français et de Japonais ainsi qu’une soixantaine de Russes et d’Arabes. Des ONG et des journalistes. Un monde trié sur le volet.

Președintele Africii de Sud, F.W de Klerk și Nelson Mandela, Davos 1992, alături de Schwab. Q Magazine

 Le Président de l’Afrique du Sud F.W. de Klerk et Nelson Mandela avec Klaus Schwab, Davos 1992

De quoi Davos est-il la « Montagne Magique », comme l’appelait Thomas Mann

Davos est la capitale, le temple devrait-on dire, de la mondialisation libérale et du capitalisme débridé. L’on n’y trouve essentiellement que des partisans de la globalisation sans entrave, des échanges économiques sans barrière et du capitalisme financier sans remord. Bien sûr tous les participants disent « vouloir construire un avenir commun dans un monde fracturé » (la thématique choisie cette année). Mais tous les chefs d’entreprise présents ont pour premier objectif de maximiser les profits de leurs entreprises selon les exigences de leurs  actionnaires. Le reste relève du « politiquement correct ».

Le slogan de Davos est assez pétaradant. « Engagé dans l’amélioration de l’état du monde »…ce qui est franchement « kitsch » quand on regarde les Goldman Sachs, Merril Lynch et autres grandes banques auxquelles il faut ajouter les GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft) présents à Davos. Le fait que le 1% des personnes les plus riches de la planète ont accaparé 82% de la richesse mondiale en 2017, les femmes payant le prix fort de ces inégalités croissantes, ne les dérange pas vraiment. Tout comme le fait que les 8 personnes les plus riches de la planète possèdent autant que les 3,6 milliards les plus pauvres. Klaus Schwab ne laisse le soin à personne d’autre de les justifier : « La reprise économique qui se généralise chaque jour nous offre une opportunité que nous ne pouvons pas nous permettre de gaspiller ».

Forumul de la Davos si problemele lumii, Q Magazine

Mais Davos, comme Versailles à la fin du XVIIIème siècle, ne serait-il pas le lieu historiquement tragique de la légèreté des élites politiques et économiques ? De quoi s’agit-il ?

Un peu partout dans le monde se déchaînent la haine et la violence contre la gouvernance en place, contre les autorités constituées, contre notre société et ses valeurs.

Certes les chiffres attendus  de croissance mondiale (3,8% en 2018 et 2019) cautionnent ce sentiment d’optimisme et d’euphorie des marchés financiers au plus haut.

Pourtant les niveaux stratosphériques de la bourse aux Etats-Unis et les très bas taux d’intérêts peuvent former un cocktail explosif (bulles). Tout comme les très hauts niveaux de dettes publiques et privées. Les financiers et les économistes seraient-ils trop complaisants ? L’euphorie collective serait-elle trop belle pour durer ? En attendant personne n’a les idées claires sur la façon dont fonctionnent  le « cloud » et le bitcoin…

 

Quel rôle pour les Etats et les entreprises ?

A Davos, tous les Chefs d’Etat produisent des discours ultra-convenus en surenchérissant dans les professions de foi en faveur de la mondialisation.

Ils appellent tout un chacun à investir en France (Macron) ou en Inde (Modi) ou aux Etats-Unis (Trump). « Choisissez la France », « Choisissez l’Inde », « donnez-nous votre argent », « investissez chez nous »… ». « Les Etats-Unis sont le lieu pour faire des affaires » déclare le président Trump. Tous se font les représentants de commerce de leurs Etats respectifs.

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Premierul Narendra Modi, către audiența de la Davos Investiți în India Q Magazine

Le Premier Ministre indien, Narendra Modi lors d’une réunion à Davos: „Venez investir chez nous!”

On a compris que ce ne sera pas à Davos que l’on résoudra les problèmes climatiques (pourtant causés par des politiques étatiques et des entreprises), ni de celui des migrants (pourtant causés par des politiques étatiques et des entreprises) et pas davantage ceux du chômage et du sous-emploi (pourtant causés par des politiques étatiques et des entreprises) ou ceux de la pauvreté et des inégalités grandissantes (pourtant causés par des politiques étatiques et des entreprises), ni ceux posés par l’optimisation fiscale des entreprises.

Partout les mises en scènes, les slogans, la priorité donnée à la communication produisent des faussetés qui dissimulent mal les plaies de nombreux pays.

La question est donc simple : qui va résoudre nos problèmes ?

L’on constate partout, et à Davos aussi, que les gouvernements en place ne savent pas, ne peuvent pas, n’ont pas les moyens financiers de préparer l’avenir sur des questions cruciales comme les retraites, la construction des infrastructures, la formation professionnelle, l’éducation, la protection de l’environnement et bien entendu la transformation numérique, la robotisation et l’intelligence artificielle.

Les entreprises, quant à elles et Davos en apporte la démonstration, ne songent pas vraiment aux problèmes qui minent nos sociétés et menacent notre démocratie et nos libertés. Elles sont là pour transformer la société à leur avantage et pour faire de chaque être humain un consommateur manipulable à souhait. Alors qui doit réformer la société ?

En France, le Président Macron, conscient de ces problèmes, peut toujours rêver : « Nous allons faire évoluer l’objet social des entreprises, qui ne peut plus être le seul profit, sans considération pour les hommes et les femmes qui travaillent, sans regard sur les désordres environnementaux »).

Il veut imposer cette évolution en modifiant  le code civil et celui du commerce.

Son discours sur « le capitalisme de stars qui bénéficient de la financiarisation et de la technologie » va laisser les CEO’s de la planète totalement indifférents à ses propositions de « grammaire des biens communs » et de « nouveau contrat sur la régulation mondiale » (tout cela pour lutter contre les nationalismes, faut-il préciser).

Președintele Macron și Premierul indian, Q Magazine

Le Président Macron et le PM Modi

Larry Fink, patron de BlackRock, le plus grand gestionnaire d’actifs au monde à la tête de 6000 milliards de dollars (trois fois le montant de la dette publique française) a un autre message extrêmement clair pour les entreprises, dont il n’a jamais été question une seule seconde à Davos : « Les attentes du grand public à l’égard de vos entreprises n’ont jamais été aussi grandes. La société exige que les entreprises à la fois publiques et privées se mettent au service du bien commun. Pour prospérer au fil du temps, toute entreprise doit non seulement produire des résultats financiers  mais également montrer comment elle apporte une contribution positive à la société. Les entreprises doivent bénéficier à l’ensemble de leurs parties prenantes, dont les actionnaires mais aussi les salariés, les clients et les communautés dans lesquelles elles opérent ».

Pour ce libéral pourtant convaincu, cette évolution considérable des responsabilités des entreprises doit se faire par la prise de conscience individuelle de chaque dirigeant et de ses actionnaires. Il est, dit-il, de l’intérêt des entreprises de s’y convertir pour ne pas perdre de la valeur.

Ce discours-là, parfaitement censé, n’est pas près d’être repris dans un avenir proche sur la Montagne magique.

 

Les scénarios

Le Forum économique de Davos a pris pour habitude de confier les travaux préparatoires de ses débats à des consultants.

Quatre scénarios différents sont proposés à l’attention des participants quant à l’avenir du monde du travail tétanisé par la révolution numérique. D’où les questions posées : les changements opérés par les technologies nouvelles exacerberont-ils les inégalités existantes ? Ou alors au contraire les avancées dans l’automation et l’apprentissage automatique vont-elles libérer le potentiel humain en faveur de tâches plus nobles ?

Le problème est évidemment totalement fondamental et à très court terme. Et l’on devine ce que seront les réponses, forcément divergentes, des gouvernements et des entreprises. On se doute bien que les deux premiers scénarios jugés les plus vraisemblables favorisent l’approche du monde des affaires anglo-saxon.

Le scénario rouge est le règne de l’innovation à tout prix. Informatique, robotique, intelligence artificielle, l’innovation remplace le progrès. Des milliers d’ingénieurs aux Etats-Unis et en Chine travaillent sur la future informatique quantique…La dérégulation du marché du travail sera si puissante aux Etats-Unis que le nombre des travailleurs à plein temps et à durée indéterminée ne représentera plus que 9% de la population active en 2030 !!!

Le scénario bleu lui ressemble et en est le corrolaire : il se caractérise par la domination des entreprises  qui deviennent de plus en plus puissantes et influentes au point de dépasser les Etats. C’est déjà le cas de Google, Apple, Facebook et Amazon et bien d’autres multinationales pour qui tous les moyens sont bons afin de doper leurs performances. Le rapport imagine d’ailleurs une compagnie indienne qui accroît de 24% son revenu annuel en 2030 car elle fait prendre un médicament dopant les capacités cognitives de ses employés.

Les deux derniers scénarios paraissent du coup moins vraisemblables et semblent relever de l’idéalisme en vogue en Europe surtout.

Il y a d’abord le scénario vert qui est celui de l’entreprise citoyenne où les valeurs de responsabilité sont un impératif du monde des affaires (idée présentement reprise par Macron et Larry Fink, voir ci-dessus).

Le scénario jaune, le quatrième, considère que l’homme vient en premier et la technologie est mise au service de la production individuelle.

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A Davos, ce qui compte est le profit des entreprises

Une chose est sûre cependant : la quatrième révolution industrielle ( numérotation prisée par Davos, la troisième étant l’exploitation du consommateur) signe non seulement la disparition du prolétariat mais impactera dramatiquement l’économie dans toutes ses strates et à tous les niveaux. Chaque révolution industrielle a remodelé le monde du travail. Celle en cours va aller bien plus loin que l’on imagine aujourd’hui et va intervenir beaucoup plus vite que l’on pense.

 

Les risques

Marsh & McLennan Companies et Zürich Insurance Group, appuyés sur les universités d’Oxford, de Pennsylvania (Wharton School) et de Singapour ont synthétisé les avis d’un millier de chefs d’entreprises internationales, des scientifiques et des économistes (« The Global Risks Report 2018 ») dans un document articulé autour de la probabilité des risques 2018, qui paraît étrangement décalé lorsque lu par un Européen.

Les risques 2018 les plus probables sont en effet en premier lieu les événements climatiques extrêmes (qui font perdre des centaines de milliards chaque année au « business » – 307 milliards de pertes en 2017).

Le deuxième risque se réfère aux catastrophes naturelles (qui font perdre des centaines de milliards…).

Le troisième identifie les attaques cybernétiques (les frictions géopolitiques actuelles contribuent à une montée en flèche de l’ampleur et de la sophistication des cyberattaques.

Simultanément les entreprises deviennent toujours plus dépendantes de la technologie et leur exposition à la cybernétique augmente).

Le quatrième a trait aux vols ou fraudes de données.

Le dernier risque global est l’incapacité ou l’échec avéré des politiques à gérer les changements climatiques (qui ont évidemment aussi un impact sur les affaires). Soit trois risques liés au climat et deux risques liés au « Big Data » et à la cyber-guerre.

Et l’on en vient se demander, encore une fois, où ont disparu les disparités de revenus, le chomâge et le sous-emploi, les migrations à grande échelle que l’on voyait figurer en bonne place dans les risques globaux des années précédentes, tout comme le terrorisme et les conflits interétatiques ?

Cette analyse en dit assez long sur les philosophies antagonistes des grandes entreprises mondiales  et des Etats.

Les priorités du monde des affaires ne sont pas celles de la géopolitique traditionnelle.

A Davos, le boom des milliardaires est le signe d’une économie prospère et non un symptôme de l’échec du système économique. Davos est l’illustration même du recul continu du politique devant la toute-puissance du marché et de la finance.

Le discrédit jeté sur l’Etat par les gouvernements eux-mêmes, leur relativisme moral et leur banalisation des valeurs démocratiques ont fait le lit de l’hégémonie des pouvoirs économiques.

Papa Francisc a transmis un mesaj care a fost citit in deschiderea Forumului de la Davos Nu putem să rămânem tăcuţi în faţa suferinţelor a milioane de persoane, Q Magazine

Le Pape François a fait parvenir un message qui a été lu lors de l’ouverture du Forum: “on ne peut pas rester silencieux devant la souffrance de millions de personnes et on ne peut pas aller de l’avant comme si la pauvreté et l’injustice toujours plus grandes n’avaient pas une raison”.

L’économie mondiale profite donc grandement à une petite minorité et très peu à une immense majorité. Peut-elle se réformer par elle-même, en se responsabilisant ?

L’aube du jour ne s’est pas encore levée où les actionnaires accepteront de voir baisser leurs dividendes et les CEO’s réduire leurs salaires et leur bonus ou les sociétés renoncer à leur optimisation fiscale ou à la défiscalisation de leurs bénéfices (GAFA), tout cela en faveur de tiers.

Réduire la brêche entre riches et pauvres requiert la haute main de la politique sur l’économie… au moment où elle vient de la perdre sans doute à jamais en Occident !

Ce n’est pas le cas de la Chine où l’Etat (le parti) garde le contrôle sur  tous les géants de son économie.

Parlera-t-on un jour à Davos du modèle chinois, où l’on construit une université par semaine (plus que l’Europe et les Etats-Unis ensemble) et où l’on a formé ces trois dernières années un total de 4,7 millions d’étudiants en sciences, technologies et engineering (contre 568.000 aux Etats-Unis) ???

Concluons en reprenant la formule du regretté philosophe Ivan Illich : « c’est la corruption du meilleur qui engendre le pire ».

Alors qui va mettre des limites à tout cela et les définir… ????

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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