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Ce que révèle la crise du Coronavirus III

„ L‘homme est un mutilé. Ce qu’on m’a fait, on la fait au genre humain. On lui a déformé le  droit, la justice, la vérité, la raison, l’intelligence… ; comme à moi, on lui a mis au cœur un cloaque de colère, et sur la face, un masque de contentement.”- L’Homme qui rit  de Victor Hugo (1869) 

A quoi vont ressembler nos sociétés après le coronavirus ?

L’avenir de nos sociétés se dessinait depuis longtemps. Des tendances lourdes sont à l’œuvre mais le Covid-19 aura eu le même effet que sur la géopolitique (partie 1) et au plan économique (partie 2) : il est un facteur d’accélération des évolutions. Il précipite  le divorce entre les élites et le peuple déclassé, agressé, submergé. De plus, ce n’est pas une parenthèse que l’on refermera de sitôt !

Le monde qui nous environne est de plus en plus dominé par la loi du plus fort et par le pouvoir de l’argent roi. Où peut nous conduire l’ultralibéralisme si ce n’est au bord des émeutes de la faim et de la pauvreté à la source de tant de révolutions ? 

La goutte finit toujours par faire déborder le vase. Le Covid-19 est un révélateur de l’humanité souffrante : l’historien américain du XIXème siècle Henry Adams a noté en son temps que la politique tournait autour de l’organisation systématique des haines.

Les votants qui ont perdu leur travail, disait-il, qui ont dû fermer leur entreprise ou petit commerce et dont l’épargne a disparu, sont en colère. Il ajoutait qu’il n’y avait aucune garantie que cette colère ne se transforme en haine et puisse être canalisée dans une direction positive par la classe politique en place.

Avant d’explorer les changements intervenus au sein de nos sociétés, il nous faut donc relever deux domaines dans lesquels le coronavirus exerce et exercera un impact social majeur :

1.- L’augmentation des disparités 

Comme on l’a vu, la crise a plongé l’économie mondiale dans une récession historique qui prive d’emploi des dizaines de millions de personnes avec la certitude d’aggraver les inégalités sur le long terme.

Une poignée de grandes multinationales et leurs actionnaires vont enregistrer à la fin de l’année une hausse spectaculaire de leur bénéfice : quelque 110 milliards de dollars de plus que le résultat moyen des quatre dernières années.

Les 25 milliardaires les plus riches de la planète ont vu leur patrimoine augmenter de 255 milliards de dollars entre mi-mars et la fin mai 2020. Ceci pose la question de la répartition du coût de la crise du Covid-19.

Les entreprises vont-elles miraculeusement adopter un comportement vertueux de la main tendue aux plus pauvres ? Les riches vont-ils accepter pendant quelques années une taxation supplémentaires sur les hauts revenus pour financer la solidarité ?

Le feront-ils d’eux-mêmes ou sous la pression des émeutes populaires, des troubles sociaux, des grèves ? Nous entrons dans une période très difficile surtout pour les personnes en bas de l’échelle sociale qui ont déjà souffert plus que les autres de la crise.

2.- Le digital fait exploser les inégalités

La crise sanitaire et l’avènement du télétravail n’ont fait qu’accélérer la polarisation des sociétés occidentales. En effet, la crise sanitaire aura consacré le triomphe du numérique et de ceux qui savent l’utiliser (avantages du télétravail) mais il a enfoncé ceux qui en sont éloignés. Ceux dont le travail n’utilise pas le levier du numérique sont condamnés à de longs trajets depuis de lointaines banlieues.

A la fracture sociale et culturelle, s’ajoute la fracture numérique. La disparition des classes moyennes laisse place à des extrêmes qui ne se touchent plus. La société est coupée en deux entre une élite cognitive et une population pauvre.

Cette dernière n’aura à faire valoir que les cris désespérés de ceux qui constatent leur déclassement.

L’ensauvagement de nos sociétés a déjà bel et bien commencé. Internet nous emmène vers un monde de monopoles comme celui des GAFAM, soit vers une concentration extrême et inédite de la puissance économique. Le plus gros est le plus fort.

Les plateformes numériques sont la recette miracle de l’hyperpuissance économique. Elle permet la domination des individus. La révolution numérique, surtout par ces temps de pandémie, est une machine à séparer les individus. C’est une forme de néo-féodalisme comme l’écrit tout récemment l’auteur américain Joel Kotkin.

3.- Six changements majeurs constituent par ailleurs autant de menaces pour notre société occidentale

Le changement du monde a brièvement fait l’objet de notre premier article avec une hégémonie américaine disputée par la Chine. Le changement d’économie a fait l’objet d’un second article où l’on pouvait voir les effets dévastateurs d’une mondialisation qui a libéré les économies, ouvert les marchés et démultiplié le rôle de la finance.

Toutes ces évolutions étant précipitées par le développement spectaculaire des nouvelles technologies et les progrès de l’intelligence artificielle.

Sur le plan de nos sociétés occidentales, l’on peut énumérer quatre changements qui tous nous forcent d’admettre que depuis les années 1980, notre monde est devenu progressivement sans repères et engagé dans un bouleversement général.

Notre monde nouveau, c’est celui de la mondialisation dans les années 1990, celui du choc des civilisations et de la montée en puissance de l’islam dans les années 2000, et, depuis 2010, celui de l’explosion du capitalisme financier, de la transformation industrielle avec l’essor fulgurant du numérique.

Nous sommes dans un monde de complexité généralisée et la crise déclenchée par le Covid-19 est là pour nous confirmer qu’un cycle s’achève.

Un changement de politique : Les années 1980-2000 avaient été placées sous le signe de l’optimisme démocratique. Les suivantes sont celles du doute, du choc du terrorisme, de la crise financière et de la montée des populismes.

Nous sommes entrés dans une période de troubles et de violences provoqués par les conséquences de cette mondialisation. Portée par la montée en puissance des médias, une démocratie « d’opinions » a supplanté la démocratie des partis.

On constate d’autre part de nouvelles formes d’insoumission citoyenne ainsi qu’un rejet des élites couplé à un mépris croissant de la politique car les gouvernements peuvent se montrer sourds, aveugles, brutaux et entêtés.

Un changement de société : l’individualisme est une nouvelle source des changements survenus dans notre société. Il est équivoque et confus. Autre changement d’importance dans beaucoup de pays : une hétérogénéité culturelle inédite pour partie liée à l’immigration, pour partie liée à l’affirmation d’identités diverses (Black Lives Matter, Antifa, LGBTQ, etc).

Cette hétérogénéité de fait, dont beaucoup voudraient faire une nouvelle norme sous le nom de multiculturalisme ou de « Nouveau Monde », va finir par complétement pervertir le principe démocratique.

La place croissante acquise par les médias en tous genres, Internet et réseaux sociaux dans la vie publique entraîne des controverses sur la nature exacte de leur rôle et de leur impact politique. N’importe qui donne son avis sur n’importe quoi, peu importe si vous êtes débile ou ignorant : vous aurez toujours vos millions de « followers » et des millions de « fake news » politiquement orientées.

Il est difficile de sélectionner une information sérieuse dans un océan de divagations.

La raison ne fait plus recette, c’est l’émotion qui est le déclencheur de tout. Catalysées autour du dernier délire à la mode, des meutes hystériques se forment pour faire taire toute objection. Le débat n’est plus possible, seule reste l’affirmation brutale de nouvelles « vérités » par des minorités agissantes.

Un changement de culture : on assiste à un nouveau phénomène, celui de la révision de l’histoire de la civilisation européenne soudainement coupable de tous les maux : antisémitisme, racisme, anti-islamisme, colonialisme.

On ne parle plus que du féminisme, de l’écologisme, de l’animalisme, du décolonialisme avec une grande radicalité d’attitude faite d’excommunications morales. Il s’agit de battre sa coulpe à propos de n’importe quoi.  Il faut déboulonner les statues de nos héros de hier, tous coupables…c’est le prix d’une révision constante de l’histoire où l’Occident se rabaisse lui-même sans cesse : le signe certain d’un manque de confiance dans l’avenir de notre société.

Un changement de mentalité : la « crise de l’avenir » est un mouvement qui s’amplifie de jour en jour et se radicalise. La culture du progrès est mise en doute et la crainte de l’effondrement a pris sa place. La préoccupation écologique est au cœur de ces perspectives apocalyptiques.

Le climat intellectuel et moral de nos société occidentales dissimule-t-il une rupture décisive de l’histoire humaine ou plus simplement le refus d’assumer l’histoire, notre histoire, avec ses grandeurs et ses misères ?

La « cancel culture » est devenu un sport aux États-Unis. Il s’agit « d’effacer » sur les réseaux sociaux la réputation ou l’emploi d’une personne dont les opinions sont offensantes pour certains internautes : une véritable tentative de boycott…

On relève l’intolérance de ceux qui prétendent agir et penser au nom de la tolérance ! On relève l’inanité d’une pensée dite progressiste qui érige la laideur en beauté et considère le bon sens comme une tare. Les invectives morales ont remplacé les argumentations étayées.

Le Maire socialiste de Rouen veut remplacer la statue de Napoléon par celle de Maître Gisèle Halimi, incarnation du combat féministe. Des Tchéchènes de Tchétchénie ont ravagé récemment des quartiers de Lyon. Qui a tenté en Terre de France une médiation : la grande Mosquée de Lyon !

Au secours, nous avons perdu tous nos repères ! La société civile doit se réveiller et commencer une révolution du bon sens qui doit alimenter la nouvelle modernité. Cessons d’être des somnambules.

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