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Le G7 « non », America first « oui » : Trump en pulvérisateur de codes et d’habitudes

L’échec du G7

Le G7 (Etats-Unis, Allemagne, France, Italie, Japon, Grande-Bretagne et Canada) de La Malbaie au Québec des 8 et 9 juin 2018 a reproduit, comme on s’y attendait mais en bien plus graves, les dissensions de 2017 qui avaient déjà conduit Donald Trump à être le seul à refuser de signer la Déclaration finale.

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« The Art of the Deal » lui a fait cette fois-ci quitter le Canada après avoir soufflé successivement le froid, le chaud puis le froid glacial pour finir par proférer des insultes à l’attention du Premier Ministre canadien (« very dishonest and weak ») et des menaces réitérées, tweetées depuis Air Force One, rendant caduque la Déclaration finale. Il ne sera pas resté 24 heures au Canada, affichant son mépris pour ses Alliés et sa détestation aussi de la négociation multilatérale. Trump n’a pas d’amis en Europe mais des vassaux et un dédain immense pour l’UE.

Les Européens ne comprennent pas ce qu’est « The Art of the Deal », tel que pratiqué depuis plus de 18 mois maintenant par l’auteur de ce livre sorti en 1987, soit Donald Trump en personne. Donald Trump ne coupe pas vraiment le dialogue avec ses principaux alliés. Mais il ne craint pas d’être isolé dans un forum international, il choisit sciemment la confrontation et espère faire ainsi plier ses partenaires.  Bolton a explicité le point de vue du Président: « il veut faire plier les démocraties occidentales et veut réintégrer la Russie dans le G8 ». Ses coups de colères sont autant de calculs médiatiques.

Le vrai problème de l’Union européenne est que les Etats-Unis n’accordent plus aucune importance à une vision ou une stratégie à son égard.  Ils n’en voient plus l’utilité. Seuls comptent désormais la balance commerciale, les migrants et le terrorisme.

Trump considère aussi que  l’OTAN « is a big rip off for the American taxpayer » et que sur le plan commercial l’UE (avec l’Allemagne en particulier et ses 67 milliards d’excédents commerciaux) est pire que la Chine…

 

Summitul G7 Canada, Ce rămâne după, Jean Pierre Vettovaglia, Q Magazine

Le G7 devient de fait un G6+1 avec le Président américain seul contre tous. Mais son inaptitude à la diplomatie multilatérale était déjà fort bien documentée…De toutes les manières, une déclaration commune n’aurait été qu’un trompe-l’œil, une illusion, qui n’aurait pas suffi à cacher toutes les dissensions actuelles, dont aucune ne pouvait être réglée au Québec.

Le fait marquant de ce G7 est l’incapacité des dirigeants du camp occidental à raisonner stratégiquement

 Le climat, l’égalité des genres et les plastiques dans les Océans, les tonnes d’acier et les camions de lait ne sont pas des sujets négligeables mais il se serait agi en fait de saisir à bras-le-corps les grandes urgences géostratégiques. La place de la Russie en Europe, l’hostilité persistante entre l’Ukraine et la Russie, l’irrédentisme kurde au Moyen-Orient, le retour de l’Iran parmi les nations civilisées, l’impasse israélo-palestinienne, l’explosion démographique en Afrique noire, les migrations et l’immigration et surtout la stratégie à adopter face à la montée en puissance industrielle, commerciale et militaire de la Chine.

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Face à l’ensemble de ces problèmes cruciaux pour l’avenir du monde, l’Europe n’existe pas ou plus, le G7 n’existe pas ou plus…Derrière la farce de La Malbaie se profile pourtant un avenir bien plus menaçant…avec des conséquences bien réelles. Tout se passe comme si personne n’avait plus le courage de regarder les problèmes en face, qu’ils soient religieux, idéologiques, sociaux ou culturels. Le premier d’entre eux : le vol de technologie occidentale auquel se livre la Chine depuis quelque vingt-cinq ans (coût estimé entre 200 et 600 milliards par an pour les Etats-Unis. L’UE est tout autant lésée). La concurrence déloyale de la Chine aurait dû être le grand sujet.

 

Rappelons ce que sont les décisions polémiques de Donald Trump :

 1.- Retrait unilatéral de l’Accord de Paris de 2015 sur le climat.

 2.- Retrait unilatéral de l’accord nucléaire avec l’Iran en mai 2018.

 3.- Transfert de l’Ambassade américaine à Jérusalem.

 4.- Retour au protectionnisme et imposition de taxes doua- nières sur l’acier (25%) et l’aluminium (10%) en provenance  de l’Union européenne, du Canada et du Mexique.

 5.- Le problème récurrent de l’application extra-territoriale du

droit américain et des sanctions financières appliquées aux sociétés européennes qui ne se conformeraient pas au Diktat

américain.

 6.- Renégociation de l’accord de libre-échange nord-américain (ALENA).

 7.- La réintégration de la Russie dans le G8.

 8.- D’autres menaces sont proférées pour l’avenir immédiat, comme l’imposition de barrières douanières à l’égard de l’importation des véhicules automobiles (47 milliards d’importation de véhicules depuis le Mexique par année et 43 milliards depuis le Canada. C’est davantage que les importations de voitures japonaises et plus de deux fois les importations de véhicules allemands).

 

La première conséquence de ce fiasco canadien est donc d’initialiser une guerre commerciale.

 Le jeu du Président américain est certes dangereux car il empoisonne le climat et fait monter les tensions.

 Mais il faut aussi savoir distinguer la part légitime de la guerre économique menée par le Président américain. Trump veut interrompre la destruction des emplois (par la délocalisation et les accords de libre-échange) et des structures sociales des Etats-Unis ourdie dès les années 1975 par le conglomérat d’intérêts (grandes multinationales) gravitant autour de Wall Street et plus tard de l’OMC. Et que d’aucuns résument comme suit : « des esclaves d’un côté (dans les pays pauvres) et des chômeurs de l’autre (dans les pays avancés). Sans qu’on puisse leur donner totalement tort !!! Trump veut renverser les élites dans leur bulle…

Il pense que des accords comme l’ALENA et le TIPP ne sont pas dans l’intérêt des Etats et donc des USA mais bien dans l’intérêt exclusif des opérateurs financiers privés occidentaux bénéficiant de tous ces phénomènes de délocalisation que le capitalisme financier et un libéralisme échevelé leur ont permis de mettre en place au détriment de la valeur travail au plan national. Il a précisément fait campagne sur l’impact négatif du libre-échange sur les classes moyennes occidentales.

 Donald Trump reste campé sur ses positions. Si les Etats-Unis se retirent d’un accord, c’est la fin de l’accord, peu importe ce qu’en pensent les autres. Ce dont veulent discuter les Européens ne l’intéresse pas le moins du monde. Rien n’est compatible avec les priorités du « America First » ou du « Make America great again » et l’affirmation concomitante et  violente de l’hégémonie militaire américaine (Pentagone, Wall Street et Hollywood, pour résumer…).

 Mais les défenseurs de l’ordre libéral mondial paniquent à l’image de Madeleine Albright dans le « New York Times » qui se demande si l’on arrivera à « arrêter Trump avant qu’il ne soit trop tard » !!! Trop tard pour qui ?

Une forme de guerre commerciale se met donc en place et s’est concrétisée par les taxes douanières sur l’acier et l’aluminium. Le Mexique a déjà réagi par la hausse de certaines  taxes, le Canada affirme en avoir l’intention. L’Union européenne a porté plainte auprès de l’OMC et se prépare à des mesures de rétorsions sur diverses importations américaines.

Shinzo Abe și Theresa May la ultimul Summit G7, Q Magazine

Shinzo Abe and Theresa May 

Les Etats-Unis menacent déjà dans ce cas de taxer en plus jusqu’à 25 % les importations de voitures en provenance de l’Allemagne et du Japon, du Mexique et du Canada.

Une course en avant est engagée qui peut-être dévastatrice. L’administration Trump avertit les Européens de ne pas prendre de mesures de rétorsions. Car, comme le dit Wilbur Ross, Secrétaire d’Etat au commerce, « s’il devait y avoir mille guerres commerciales, les Etats-Unis en sortiraient mille fois vainqueurs…. ».

Peut-il y avoir une réponse stratégique de l’Union Européenne ?

 Pour le Président des Etats-Unis être isolé est une politique. Pour l’Union européenne, être isolée, est un luxe qu’elle ne peut guère se permettre au-delà des déclarations martiales de ses autorités destinées à leurs opinions publiques.

L’Europe saisira-t-elle l’occasion de ces dissensions pour une  « Déclaration d’indépendance envers les Etats-Unis » et ira au-delà des mots forts pour aller jusqu’à la rupture avec Washington? On peut poser la question autrement : jusqu’à quand les brimades que subit l’Europe et le mépris flagrant des Etats-Unis pour ses intérêts et sa souveraineté rendront l’actuelle vassalité soudainement trop inconfortable ? Le moment ne paraît pas encore venu !!!! Même si la page de couverture du magazine allemand « Der Spiegel », titrée « Goodbye Europe », montre Trump faisant un doigt d’honneur à l’Europe (avant le G7) en déclarant par ailleurs qu’« il est temps pour l’Europe de rejoindre la résistance ».

En fait une vraie guerre commerciale mondiale est engagée entre les Etats-Unis et la Chine. Les Européens en sont des victimes collatérales, du fait de leur docilité, voire vassalité, vis-à-vis des Etats-Unis. En effet, Trump juge qu’il n’y a aucune chance d’une « révolte » immédiate des pays européens, même si une prise de conscience peut-être identifiée à travers la fronde de certains milieux franco-allemands contre les décisions atlantistes de leur gouvernement.

A titre d’exemple, l’on peut mentionner le problème autour de l’accord du nucléaire iranien qui va surtout prendre une dimension commerciale également. Trump a dit : « Je vais signer un décret présidentiel pour rétablir des sanctions américaines contre le régime iranien. Nous allons mettre en place le niveau le plus élevé de sanctions économiques possibles » et encore : « Tout pays qui aidera l’Iran dans sa quête d’armes nucléaires pourrait être sanctionné par les Etats-Unis ». En ce qui concerne la France, Total, Airbus et Peugeot (PSA) se trouvent au pied du mur et vont être contraints de quitter l’Iran.

Comme le dit très bien Jean-Maxime Corneille dans un blog du 5 juin du « Saker » francophone, l’UE face aux Etats-Unis, c’est un peu Carthage face à Rome : une puissance commerciale face à une puissance militaire, mais sans les mercenaires d’Hannibal » ! L’UE n’a aucune stratégie ni vision de défense de ses intérêts stratégiques commerciaux. Elle restera toujours un grand marché mou, à la merci de tous les opérateurs extra-européens : américains, chinois et arabes.

La France et l’Allemagne en seront réduites à aller mendier à Washington dès le 7 août 2018 une exemption des sanctions américaines à l’encontre de l’Iran. La loi de « blocage » dont parle la Commission européenne ne permet en fait de contrecarrer rien du tout et présente même le risque pour les entreprises d’une double punition. Personne n’y aura recours…Airbus ne prendra même pas le peine d’essayer d’obtenir une exemption. Seules les positions russes et chinoises sortiront renforcées dans cette région ! Même le Président français l’a souligné publiquement.

Peu ont été les médias, et aucun média français en particulier, à reprendre la déclaration du Président Macron en visite à Sofia au lendemain d’une discussion entre les 28 pays de l’UE  sur l’éventuel retrait des entreprises françaises d’Iran : « les entreprises de taille mondiale font des choix qui leur sont propres en fonction des intérêts qui sont les leurs… nous n’allons pas devenir des alliés de l’Iran contre les Etats-Unis. Nous n’allons pas déclencher une guerre commerciale  avec les Etats-Unis sur l’Iran et contre-sanctionner des entreprises américaines ».

Washington pense à l’Europe comme à des Etats vassaux particulièrement en matière de défense et de sécurité. Et puis les bénéfices commerciaux et financiers que l’Europe retire des Etats-Unis dépassent ceux de tous les autres marchés. L’Europe y réfléchira à deux fois avant de prendre des mesures de rétorsions.

Trump sait très bien que la Grande-Bretagne et l’Italie ne veulent rien brusquer et que l’Allemagne est en position de faiblesse, ses exportations automobiles comptant pour le ¼ de ses exportations aux Etats-Unis !

De plus son unité est sujette à caution tant ses divisions entre une Europe de l’Ouest démocratique et libérale et une Europe de l’Est démocratique et illibérale (Groupe de Visegrad) éclatent au grand jour.

Il y a fort à parier que l’Europe ne tiendra pas son unité dans la durée, tant l’Allemagne et l’Italie sont exposées aux représailles commerciales américaines. L’Italie de Conte a d’ailleurs rapidement réaffirmé son appartenance à l’Alliance Atlantique, le maintien de ses relations privilégiées avec les Etats-Unis et confirme que son gouvernement favorise une ouverture à la Russie en se faisant l’initiatrice d’une révision des sanctions économiques adoptées par l’Europe. Chacun va chercher à faire des compromis bilatéraux avec les Etats-Unis.

Sesiune de lucru la Summitul G7 din Canada, Jean Pierre Vettovaglia, Q Magazine

Une bonne nouvelle dans tout cela pour les adversaires de Trump ?

Les industriels américains ne sont naturellement pas demandeurs des sanctions envisagées par la Maison-Blanche de Trump.

General Motors, Ford et Chrysler ne veulent pas casser l’ALENA. La majorité des parlementaires américains, Républicains compris, ainsi que le monde des grandes entreprises n’approuvent pas les droits de douane imposés par le Président. Ils préfèrent l’accès à une main d’œuvre bon marché dans les pays pauvres. Une coalition bipartisane veut au contraire voter une loi limitant le pouvoir du Président d’imposer des droits de douane. Le Sénateur américain John McCain, un faucon militariste, déclare à l’intention des alliés européens : « L’Amérique est favorable au libre-échange. Les Américains sont avec vous, même si notre président ne l’est pas ».

« F*** the President », vient de s’écrier Robert de Niro lors d’une cérémonie publique de remise de prix !  Alors ?…Alors attendons les prochaines élections.

Robert de Niro i-a interzis președintelui Donald Trump să intre în restaurantul său, Nobu, din New York. Q Magazine

Mais n’oublions pas que la cote actuelle de Donald Trump est remarquablement haute aujourd’hui. Et que les inégalités et les injustices croissantes dans le monde sont une menace pour l’avenir de toutes nos sociétés. Sans politiques sociales pour réduire ces inégalités, il y a un point au-delà duquel tous les scénarios deviennent possibles.

Ironiquement, on se rappellera que c’est ce bridage économique imposé par la Couronne britannique aux Treize Colonies d’Amérique qui fut à l’origine de la Déclaration d’indépendance américaine en 1776…!

 

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