Le lundi 19 janvier 2026 s’est ouvert à Davos le 56e Forum économique mondial écrasé par Donald Trump, arrivé avec la plus importante délégation jamais envoyée en Suisse avec Marco Rubio, Secrétaire d’État, Scott Bessent, Secrétaire au Trésor, trois autres Ministres et ses conseillers spéciaux Jared Kuschner et Steve Witkoff…Une ancienne église sur la rue principale de Davos abrite une « USA House » …Trump est donc venu avec sa famille, son gang et ses entreprises… pour effectuer une démonstration de force devant l’élite mondiale des affaires et de la politique quelque peu dépassée par les événements. C’est peut-être le chant du cygne pour Davos, sanctuaire désormais dépassé du multilatéralisme, de la mondialisation libérale et du respect des règles de droit internationales.
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La délégation américaine conduite par le président Donald Trump arrive à Davos Photo World Economic Forum/Chris Heeney
Il vaut la peine de mentionner que sa venue a été précédée par la diffusion urbi et orbi de sa lettre de mi-janvier 2026 au Premier Ministre Jonas Gahr Støre du Danemark, parfaitement contraire à l’usage diplomatique mais très révélatrice du personnage Trump :
Cher Jonas, considérant que votre pays a décidé de ne pas me décerner le Prix Nobel de la paix pour avoir empêché plus de huit guerres, je ne me sens plus tenu de penser uniquement à la paix, même si elle restera toujours ma priorité, mais je peux désormais réfléchir à ce qui est bon et juste pour les Etats-Unis d’Amérique. Le Danemark ne peut protéger ce territoire (le Groenland) de la Russie et de la Chine, et pourquoi revendique-t-il un « droit de propriété » ? Il n’existe aucun document écrit : il est seulement dit qu’un bateau y a accosté il y a des siècles mais nous avons également eu des escales à cet endroit. J’ai fait plus pour l’OTAN que quiconque depuis sa création, et maintenant l’OTAN devrait agir pour les Etats-Unis. Le monde ne sera pas en sécurité aussi longtemps que nous n’aurons pas le contrôle total et absolu du Groenland. Merci ! Signé DJT.
64 Chefs d’État, 850 PDG et 3000 participants venus de 130 pays assistent à une prise de possession du Forum par l’administration Trump.
«Davos est désormais le reflet d’un monde qui n’existe plus», dit Bruno Le Maire, ancien Premier -ministre français, ancien ministre de l’économie.
«Davos reflétait la parenthèse libérale qui s’est refermée. Dans ce monde où les rapports se font désormais d’empire à empire, toutes les organisations internationales sont obsolètes, à commencer par l’ONU ». Cela restera peut-être le lieu de rendez-vous commode des PDG des grandes multinationales. Le petit monde raffiné des escorts de luxe continuera d’y prospérer.
Une entreprise a réservé cette année les services de cinq jeunes femmes pour 4 jours pour la modeste somme de 98.000 francs suisses, plus de 100.000 dollars, rapporte la principale agence de « location» Titt4Tat. Les affaires sont les affaires.
Essayons de décrire cette édition en quelques points :
1.- Le Groenland
Pour la quasi-totalité des commentateurs, il s’agit-là d’une incroyable exigence, d’une politique brutale, d’un irrespect total pour l’ONU et le droit international, du retour en force des prédateurs chers à Giuliano da Empoli. Les méthodes du Président américain sont toujours les mêmes, disent-ils : chantage, menaces et provocations.
Toutefois, cette quête ou conquête du Groenland n’a absolument rien de nouveau. Il est même surprenant qu’elle surprenne. D’abord l’Arctique est un véritable enjeu stratégique auquel les Européens sont trop peu sensibilisés. Ensuite le Groenland est une obsession américaine depuis 150 ans. Le Groenland est intégré à l’espace d’hégémonie et de sécurité du continent nord-américain depuis la doctrine Monroe de 1823. Ce territoire a fait l’objet des premières offres américaines d’achat en 1867, dans la foulée de l’acquisition de l’Alaska auprès de la Russie ! Le Groenland, c’est l’Alaska de l’Atlantique. Pour l’armée américaine, depuis 1940, le Groenland fait partie du glacis américain. Ce sont des données météo collectées au Groenland qui permettront de planifier le Débarquement en juin 1944. En 1946, le Danemark refuse la vente pour un montant de 1 milliard de dollars d’aujourd’hui… Le Danemark a alors pensé que l’intérêt militaire pour les USA était lié à la deuxième guerre. Il n’a pas vu un autre ennemi se profiler dans les terres arctiques : la Russie. N’est pas stratège qui veut…

President Donald J. Trump, 21.01.2026 Photo: World Economic Forum / Ciaran McCrickard
2.- Trump et la nouvelle stratégie américaine
Le « National Security Strategy of the United States of America” de novembre 2025 portant la signature de Donald Trump est un véritable tremblement de terre de force 8 sur l’échelle Richter des relations internationales :
A l’égard de l’Europe jugée « en voie d’effacement civilisationnel ». Par ailleurs, Trump envoie le message suivant à Davos : « le monde économique et financier, c’est chez nous en Amérique. L’Europe, c’est aussi chez moi. Soit vous investissez aux Etats-Unis, soit vous ne pourrez pas exporter dans les pays où je ne veux pas ».
Et de manière infiniment plus importante, cette nouvelle stratégie est concentrée sur une sorte de nouvelle doctrine Monroe qui définit les intérêts primordiaux des Etats-Unis dans la verticalité des deux Amériques : du Chili et de l’Argentine au Sud à l’Alaska au nord d’un côté et du Groenland de l’autre. Y compris le Canada. Et c’est Mr Trump qui a le plus gros bâton !
Le Secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres, absent de Davos pour un rhume diplomatique, enrage : « Lorsque les dirigeants bafouent le droit international, choisissant les règles qu’ils respectent et celles qu’ils ignorent, ils sapent l’ordre mondial et instaurent un précédent dangereux. Lorsqu’une poignée d’individus peut façonner les récits mondiaux, influencer des élections ou dicter les termes du débat public, nous sommes confrontés à des inégalités, ainsi qu’à la corruption des institutions et des valeurs ». On ne saurait mieux dire.

3.- L’Europe
L’Europe n’a pas encore compris qu’elle est devenue pour l’administration américaine un lieu de censure de la liberté des peuples, de la suppression des oppositions politiques, de perte d’identité nationale et de la confiance.
Vance l’avait pourtant dit à Munich en 2025. Le but déclaré des Etats-Unis est d’aider l’Europe à corriger sa funeste trajectoire ! Je ne fais que citer le texte de la nouvelle stratégie de 2025. C’est un coup de semonce pour une Europe endormie. Difficile à supporter. Trump n’a pour l’Europe et sa servilité qu’un immense mépris. Les Européens ont fait la queue à Davos pour se faire gifler. Ses dirigeants sont entre indignation et consternation. Trump leur a dit : «sans nous, vous parleriez allemand ou japonais…».

Yuval Harari Photo World Economic Forum / Thibaut Bouvier
Le pire est que ce discours est empreint de vérité : «certains endroits du continent européen sont méconnaissables…le potentiel du continent est gâché à cause de l’immigration…L’Europe ne va pas dans la bonne direction…». Comment le nier de bonne foi ? De plus Trump estime avoir beaucoup fait pour l’OTAN sans être payé de retour par les Européens.
L’administration Trump ne se voit plus en phase avec des «autorités européennes» qui entretiennent des attentes irréalistes sur l’Ukraine et veulent perpétuer la guerre contre la Russie. Cette politique serait menée par des gouvernements instables et minoritaires, foulant au pied les principes de base constitutifs de la démocratie en essayant de supprimer les oppositions. Ce n’est pas faux. Washington juge que les Européens ne pourront pas se réformer seuls…
La nouvelle stratégie estime que l’Europe se tiendra certes sur ses propres pieds et opérera comme un groupe de pays souverains mais «alignés» sur les Etats-Unis prenant toutefois ses responsabilités pour sa propre défense. L’Europe ne peut être que vassalisée.
Trump menace également les Européens à Davos de représailles s’ils devaient commencer à vendre de la dette américaine comme le fait présentement et massivement la Chine.

Board of Peace World Economic Forum / Benedikt von Loebell
4.- Le nouveau «Conseil de la paix» de Trump (Bord of Peace).
Donald Trump a saisi l’occasion du Forum de Davos pour organiser une cérémonie de signature de la charte fondatrice du Conseil de la paix, en l’absence des Européens. Le Conseil de la paix serait selon Trump, un des organismes les plus importants qui ait jamais été créé. Sa nature exacte reste vague cependant…
19 États ont signé cette nouvelle charte dont l’Argentine, l’Arabie Saoudite, le Qatar, l’Égypte, la Jordanie, les Émirats arabes unis, la Turquie, l’Indonésie et le Pakistan, rejoignant ainsi l’instance voulue et dirigée par Trump, vont siéger au Conseil de Paix pour œuvrer aux règlements des conflits dans le monde. Ils ont été suivis par le Kosovo et la Hongrie. Trump annonce que Poutine et Netanyahu vont s’y joindre. Se substituera-t-elle à l’ONU ? il est difficile de le croire à ce stade…

Volodimir Zelenski Photo World Economic Forum, Thibaut Bouvier
5.- L’Ukraine
Les Européens se retrouvent le bec dans l’eau. Trump estime que c’est à l’Europe de s’occuper de l’Ukraine, pas aux Etats-Unis. «L’Ukraine, c’est votre voisinage». «Les Etats-Unis sont très loin, un grand et bel océan nous sépare. Nous n’avons rien à voir avec l’Ukraine», dit-il dans une négation totalement mensongère de la politique étrangère des Etats-Unis depuis 1945… Trump admet tout de même que Joe Biden est en partie responsable de cette guerre d’agression. Zelenski doit se sentir bien seul. Il s’est permis d’ailleurs un discours fort maladroit fustigeant violemment l’Europe pour son inaction et son impéritie dans de nombreux domaines dont celui de l’aide militaire à son pays…Voilà qui ne va beaucoup l’aider. Mais les masques commencent à tomber.
Conclusion ironique. Nous n’avons rien à craindre : le président américain a fini son discours par un message au monde entier : «Les Etats-Unis sont de retour, plus forts et meilleurs que jamais». Tout va bien.
















































